
Rencontre-débat
L’école de la République aujourd’hui : enjeux de la laïcité, urgence des arts
17 février 2026, 19h30 – Patronage Laïque Jules Vallès, Paris
Avec Delphine Girard et Marie-Christine Bordeaux.
L’école républicaine l’est-elle encore ? Véritablement ? Concrètement ? Permet-elle toujours aux élèves, quels qu’ils soient, d’apprendre à penser par eux-mêmes, ce qui était initialement son but ? Là où des enseignants y parviennent, comment font-ils ? Et que devrait modifier l’institution pour les soutenir efficacement, en particulier par le biais de ce qu’on appelle aujourd’hui l’EAC : « l’éducation artistique et culturelle » ?
Delphine Girard et Marie-Christine Bordeaux interviendront sur ces sujets avant un échange avec le public.
Delphine Girard est enseignante, professeure agrégée de lettres classiques et membre du Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République. Fille d’ouvriers immigrés, comme elle aime à se présenter, elle doit tout à l’école de la République, qui « permet aux individus d’échapper à leurs déterminismes tribaux ou socioculturels »
Dans Madame, vous n’avez pas le droit ! (JC Lattes, 2025), elle constate que « la laïcité est devenue un épouvantail commun pour une partie de la jeunesse ». Mais loin de baisser les bras, elle met en avant les Lumières pour tenter d’apprendre à ses jeunes élèves à acquérir un esprit critique et pour leur faire comprendre que « la laïcité est le cadre qui permet à tous les citoyens de coexister, dans une égalité de traitement ». Après l’assassinat de Samuel Paty et de Dominique Bernard, elle propose « de faire de la laïcité à l’école une grande cause nationale de la République, avec un ministre ou un secrétaire d’État rattachée à l’Éducation nationale dévolu à ce sujet, que la nation dans son ensemble se tienne derrière les enseignants »
Professeure des universités à l’Université Grenoble Alpes, chercheuse au Gresec, membre comme personnalité qualifiée du Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle de 2013 à 2025 et du conseil scientifique de l’Inseac (Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle), Marie-Christine Bordeaux a été également vice-présidente Culture et culture scientifique de l’université Grenoble Alpes (2016-2023). Elle consacre ses travaux à la médiation culturelle, à la médiation scientifique, à l’éducation artistique et culturelle, ainsi qu’aux publics dits « spécifiques », aux amateurs et plus largement aux formes de la démocratisation et de la démocratie culturelles.
Voir l’ouvrage récent qu’elle a co-dirigé avec Alain Kerlan : Évaluer l’éducation artistique et culturelle. Enjeux épistémologiques et politiques de la recherche, coll. “Questions de culture”, ministère de la Culture, Presses de Sciences Po, 2025.
Bien que cela empêche certaines personnes de nous rejoindre, nous avons fait le choix d’organiser des rencontres où, comme au théâtre, comme au concert, on est présent ensemble dans un même lieu. Rien, pas même une excellente captation, ne remplacera cette expérience.
Pour vous donner envie de nous rejoindre pour les prochaines rencontres, voici quelques éléments de la soirée du 17 février 2026 : « L’école de la République aujourd’hui : enjeux de la laïcité, urgence des arts »
Delphine Girard La République découvre le problème de l’école républicaine, alors que les difficultés étaient connues depuis des années. On tend le micro aux enseignants sur l’école, alors que ce n’est pas le problème de l’école. C’est le problème de la République (voir les propos très clairs de l’assassin de Dominique Bernard). Que ce fait majeur ne soit pas reconnu est inquiétant.
Même s’il y a eu une réaction de l’institution, en particulier avec J-M Blanquer, après le meurtre de Samuel Paty, on est en défense. Entre le couteau des islamistes et le doigt pointé de LFI (l’accusation d’« islamophobie »), un professeur sur deux se censure.
Première proposition : créer un ministère pour la laïcité, avec un budget à la hauteur. Une « envergure politique différente ». Une grande cause nationale.
Deuxième proposition : sortir la laïcité de la politique politicienne.
Il faut un réarmement culturel pour sortir la jeunesse de la triple communautarisation qui est la sienne : par le frérisme dans les familles musulmanes, par les modèles anglo-saxons dans les centres villes, par l’identitarisme « de souche » du Rassemblement National. La bataille doit être culturelle.
Que pouvons-nous faire, nous ? Delphine Girard en appelle aux cinéastes, aux auteurs de séries, aux artistes, pour des œuvres portant des valeurs républicaines. Pas de catéchisme. Des œuvres.
Marie-Christine Bordeaux
L’EAC (Éducation artistique et culturelle) repose sur trois piliers :
– la fréquentation des œuvres
– la pratique artistique
– l’analyse des œuvres. La définition de ce 3e pilier est assez confuse et a été récemment réduite à l’acquisition de connaissances. Il s’agit plutôt d’appropriation des œuvres, d’acquisition de références culturelles, de formation du jugement de goût et de développement de l’esprit critique. Un enjeu paradoxal car l’EAC, en France, s’appuie fortement sur les milieux artistiques pour accomplir des objectifs de démocratisation et de démocraties culturelles, alors que le monde de l’art est structuré selon un modèle que l’on peut qualifier d’aristocratique, fondé sur un pouvoir culturel détenu par une minorité.
Rappel historique :
En mars 1968, au colloque d’Amiens pour une éducation nouvelle, pédagogues et militants de l’éducation populaire évoquent la notion d’éducation artistique, sur la base d’une conception large de la culture incluant les médias, et conçoivent cette éducation dans le cadre de la formation globale et de l’éducation permanente d’un individu capable de prendre part aux enjeux de la société.
En 1983, dans le protocole d’accord entre ministère de la Culture et ministère de l’Éducation nationale, la professionnalisation domine la nouvelle politique qui se met en place, que l’on peut nommer l’EAC partenariale, c’est-à-dire faisant intervenir des professionnels reconnus par le ministère de la Culture. On laisse donc de côté les amateurs, les actions animées par les enseignants en tant qu’amateurs capables de transmettre une passion culturelle, autant de formes multiples qui irriguaient la société scolaire (ciné-clubs, chorales, clubs théâtre, etc.) On oublie globalement le rôle culturel, autant que social, de l’école elle-même. Il y a une dépolitisation de la réflexion. On idéalise indûment le monde artistique. Le but est-il que tous deviennent artistes ? Ou plutôt, n’y a-t-il pas une zone d’ombre sur les répercussions que les initiations proposées par l’EAC partenariale pourraient avoir en termes de développement des pratiques en amateur ?
La question de la façon d’introduire l’art à l’école est interrogée, avec comme référence positive en ce domaine les lycées agricoles, qui bénéficient tous de la présence d’un enseignement socioculturel assuré par un personnel spécialisé, membre d’un corps professionnel dédié.
Durant les échanges, ont été évoqués, entre autres
– la peur, chez les enseignants et dans la société, qui fait des ravages
– un souvenir des années 1950. « La République nous parlait », avec Peuple et Culture, avec les Auberges de Jeunesse. L’intervenant est fils d’immigré.
– l’importance de la formation culturelle des enseignants.