Rencontre-débat
L’Art face à la radicalité religieuse aujourd’hui

19 mai 2026 – 19h30, Patronage laïque Jules Vallès, Paris

Intervenants : Ghilas Aïnouche, caricaturiste et dessinateur, et Naëm Bestandji, écrivain.

Ghilas Aïnouche,caricaturiste et dessinateur de presse, Tout sur l’Algérie  jusqu’en 2017 ;pigiste à Charlie Hebdo à partir de 2014 ;réfugié politique en France depuis 2020. En 2022, il est condamné par contumace à 10 ans de prison pour « atteinte au président de la République algérienne, atteinte aux symboles de l’État, apologie du terrorisme ». Un mandat d’arrêt international est émis contre lui. Un peu plus tard la peine est portée à 30 ans !

Naëm Bestandji, écrivain, essayiste et journaliste, se présente comme un « laïque et féministe engagé ». Longtemps animateur socio-culturel auprès des enfants et adolescents de quartiers populaires, il a constaté sur le terrain et dans son entourage le développement de l’intégrisme musulman dont les filles sont toujours les premières victimes par le contrôle des corps et des déplacements. Le voile en est la quintessence. Publication : Le linceul du féminisme. Caresser l’islamisme dans le sens du voile, éditions Séramis, 2021.

La vidéo des deux interventions est disponible sur la chaine youtube du Patronage Laïque : https://www.youtube.com/watch?v=KA4_56NAl3s

-COMPTE RENDU-

La rencontre débute par l’intervention de Ghilas Aïnouche, qui nous raconte avec de nombreux détails les situations professionnelles et personnelles qu’il a vécues en Algérie, puis en France. Pendant son témoignage, traitant en grande partie de son engagement en faveur de la liberté d’expression et de son expérience de la répression en Algérie, il projette à l’écran des photographies et surtout ses dessins, dont ceux qui lui ont valu l’opprobre des extrémistes.

En hommage aux victimes de Charlie Hebdo, il rappelle que les intellectuels, journalistes et artistes sont régulièrement ciblés par les régimes autoritaires et les mouvements islamistes, évoquant notamment la « décennie noire » algérienne (1992-2002). Il retrace ensuite son parcours depuis les événements d’octobre 1988 et la période d’ouverture politique qui a suivi, jusqu’à la montée de l’islamisme puis la reprise du contrôle de la société civile par le pouvoir. Il décrit les mécanismes de censure : interdiction de conférences et de cafés littéraires, surveillance, violences policières, emprisonnements et poursuites pour « terrorisme ».

À travers plusieurs de ses dessins, il montre comment la caricature lui a permis de dénoncer ces dérives, notamment autour du pouvoir de Bouteflika et de son cinquième mandat. Son témoignage souligne finalement le paradoxe d’un système qui, selon lui, protège certains anciens terroristes tout en réprimant journalistes, intellectuels et citoyens critiques.

Naëm Bestandji prend alors la parole, sur la base d’un texte, préparé par ses soins, traitant de l’art face à la radicalité et l’extrémisme religieux. En voici un court résumé :

L’art, expression libre de la pensée et des émotions, est souvent la cible des mouvements religieux extrémistes, en particulier de l’islamisme. Ces groupes, par la menace, la violence ou la culpabilisation, cherchent à censurer ou à détruire l’art, car il incarne le doute, l’individualité et la critique du pouvoir. Des exemples comme la destruction des Bouddhas de Bâmiyân, les attaques contre La Dernière Tentation du Christ ou Persepolis, ou encore les fatwas contre Salman Rushdie et Charlie Hebdo illustrent cette tension.

En France, où le blasphème n’est pas interdit, la liberté d’expression et la laïcité protègent l’art. Pourtant, cette liberté recule face aux pressions islamistes, qui utilisent des termes comme « islamophobie » ou « respect » pour justifier la censure. L’art est perçu comme une menace majeure par les extrémistes, car il pousse à la réflexion et à l’esprit critique.

Il faut distinguer religion et extrémisme : de nombreuses traditions religieuses ont produit un riche patrimoine artistique. Le conflit oppose une vision ouverte et pluraliste à une vision autoritaire qui cherche à limiter la liberté de pensée et de création. L’art n’est pas l’ennemi des religions, mais l’ennemi des radicaux qui y voient un obstacle à leur emprise.

Après ces prises de paroles très riches et appréciées, la conférence-débat organisée par De Quoi Demain au Patronage Laïque Jules Vallès se termine par l’habituel moment d’échange avec le public, avec de nombreuses questions et interventions.